Le concept n'est pas nouveau. Il fêterait même son 40ème anniversaire. Mais il s'est largement répandu ces dernières années, notamment parmi les néo-bobos et les baroudeurs en tous genres.

La première fois que j'ai entendu parler de "wwoofing", c'était en Mongolie. Nous avions alors rencontré dans une auberge d'Oulan Bator une française très motivée qui partait tenter l'expérience dans je ne sais quel pays.
Elle m'avait expliqué que le wwoofing consistait en un échange de bons procédés au cœur d'une ferme bio : tu me donnes de quoi manger et dormir et un peu d'informations sur la culture biologique, je t'aide dans tes travaux de la ferme.
A l'époque, même si elle avait précisé, à grands renforts d'arguments que c'était "vraiment génial !", ça ne m'avait pas vraiment parlé. Moi ce que j'aime, c'est plutôt la ferveur des métropoles... Bangkok, Hong Kong, Montréal, San Francisco... pas vraiment les petits villages du fin fond de nulle part... (Pour ça, j'ai mon repaire à moi au cœur de la Marne... ;-))
Mais je suis ouverte à tout, aussi quand j'ai entendu parler à nouveau du wwoofing par des couchsurfeurs (en Nouvelle-Zélande et en Australie notamment, la pratique est très répandue) et par des amis, j'ai réfléchi à la question.
J'ai du temps. Je suis curieuse. Je suis intéressée par les produits bio. J'aimerais découvrir un autre aspect des États Unis. Des vacances au vert ne me feraient sans doute pas de mal ... Go !
J'ai alors payé ma cotisation et parcouru toutes les pages du catalogue wwoofing des États Unis à la recherche de mon aventure inoubliable.
Cette ferme propose de travailler cinq heures par jour et de dormir dans une tente ? On passe. Celle-ci propose des cours de yoga également, bingo. Celle-là est trop loin, celle-ci s'occupe exclusivement d'abeilles...
Beaucoup de fermes cherchaient des mains pour un mois au minimum alors que moi, je voulais commencer petit : deux semaines suffisaient.
Finalement, j'ai pu sélectionner une vingtaine de lieux que j'ai contactés.
Après quelques échanges et beaucoup de refus, la "ferme" qui semblait correspondre plus ou moins à mes attentes et qui voulait bien de moi était le ranch de Tom et Pam, près de Ukiah, à 3h de San Francisco. Rendez-vous a été pris pour fin mai.
Deux semaines d'isolement verdoyant en perspective.

C'est vrai, je savais que c'était isolé... mais je ne pensais pas que c'était à ce point. En effet, il ne faut pas moins d'une bonne demi-heure de voiture sur un petit chemin depuis le village le plus proche pour arriver à la propriété, magnifique au demeurant.
Pas vraiment un ranch tel que je l'entends mais la luxueuse propriété baignée de soleil d'un septuagénaire un peu bourru.
Tom est peut-être sympathique. Certainement, même. En tout cas, je crois comprendre qu'il est très cultivé. Ce n'est pas un fermier de profession mais en réalité un ingénieur chimiste de Berkeley.
Malheureusement, ça n'accroche pas vraiment entre nous. Il doit certainement avoir des choses à raconter mais je ne semble pas l'inspirer, pas plus que mes propres histoires ne semblent l'intéresser. Dommage, nous avons pourtant beaucoup d'expériences semblables, telles que la traversée de la Russie en transsibérien. Tant pis.
J'aurais pu m'entendre davantage avec sa femme, Pam. Le livre dont elle est l'auteur trainait sur la table et je pouvais voire son large portrait au sourire tout américain à l'arrière de l'ouvrage. Malheureusement, Pam était absente et elle le serait pendant toute la durée de mon séjour.

J'avais à ma disposition un étage complet de la maison de Pam et Tom. Malgré le bric-brac qui s'y trouvait (livres, caisses de jardinage, meubles entassés, table de ping-pong, piano, piles de livres...), l'endroit était assez cosy, ben que pas du tout intime.
Mon travail consistait à travailler dans le jardin environ 4h par jour, à ma convenance. Je devais me préparer mes repas du matin et du midi en fouillant dans les frigos de la maison. Le diner en revanche était préparé par Tom.

L'expérience s'est très vite avérée décevante.
Le wwoofing peut être une activité très enrichissante quand elle est partagée avec d'autres wwoofeurs et quand elle permet d'apprendre quelques concepts sur la culture biologique.
C'est par exemple ce qu'ont vécu mes amis Kebby et Yogan en Europe.
Malheureusement, dans mon cas, je ne recevais aucune instruction, ma ferme bio n'étant ni une ferme ni bio et mon hôte n'étant pas spécialement bavard. Pas d'autres wwoofers pour partager mes impressions et rendre le travail dans le jardin (= arrachage de mauvaises herbes essentiellement) moins monotone.
L'après-midi était libre mais je suis très vite arrivée à épuisement de mes idées d'activité. Pas de réception téléphonique, une connexion internet (pourtant nécessaire à mon travail à mi-temps) peu fiable, pas de voiture à disposition...
Trois jours ont suffi pour que je commence à trouver le temps long, puis à remettre mon séjour en question, puis à attendre mon retour avant impatience.
Après une semaine et quelques événements fâcheux, j'ai finalement décidé d'appeler mon petit Jérémie à la rescousse pour me délivrer de cette expérience. Le pauvre a dû annuler ses plans, louer une voiture d'urgence et rouler toute la journée pour venir me chercher.... (Merci, Jé ! )

Parmi les "incidents fâcheux", on retiendra l'épisode du "poison oak".
C'est quoi, ça ? Le Poison Oak, variante de "l'herbe à la puce" du Québec (Poison Ivy), est une plante tout à fait ordinaire, si ce n'est qu'elle a une facheuse tendance à créer d'horribles réactions allergiques sur toute personne qui a le malheur de toucher ou sa tige ou l'une de ses feuilles.

Le poison oak, dont les feuilles ressemblent à des feuilles de chêne à s'y méprendre (d'où son nom), est justement localisé sur la côte ouest du Nord de la Californie, c'est à dire précisément là où j'étais. Tom m'avait prévenue que certaines plantes étaient mauvaises et me les avait vaguement désignées du doigt. Malheureusement, quand après plus d'une heure de débroussaillage par mes soins, mon fermier est venu m'indiquer que j'avais eu le malheur de remplir sa remorque de Poison Oak, il avait l'air plutôt en colère. Et embarrassé aussi.
Ce jour-là, le travail s'est arrêté tout net et j'ai dû aller me nettoyer des pieds à la tête en priant pour que ma peau ne réagisse pas (heureusement, je portais des gants).
En effet, je vous ferai grâce des photos de réactions cutanées liées au Poison Oak, mais si vous êtes curieux vous pouvez tout simplement taper "Poison Oak" dans les images Google... Et bon appétit, bien sûr !
Bref, après toutes ces aventures, j'ai finalement choisi d'écourter mon séjour d'une semaine, c'est à dire de l'amputer de moitié.
Je vous rassure tout de même, ça n'était pas qu'une mauvaise expérience et je terminerai donc le récit de cette petite aventure par les points positifs de l'affaire :
- Le "ranch" en question est splendide. Magnifique vue sur les forêts alentour, une jolie maison en bois chauffée aux panneaux solaires, des fleurs, des fleurs, et un étang. Contrairement à San Francisco, il fait toujours beau, ou presque.
- Tom est un excellent cuisinier, ce qui est assez rare parmi les Américains. Chaque soir, je me suis régalée de ses petits plats sains, délicieux et variés.
- Je n'étais pas complètement seule pour travailler puisque chaque jour venait avec moi au jardin la joyeuse Nicky, un golden retriever extrêmement amical. Moi qui n'aimais pas les chiens (à part Boogie, le chien de mon beau-frère et de ma belle-sœur, un autre Golden Retriever), je me suis vraiment attachée à cette adorable petite Nicky...

- A côté du ranch de Pam et Tom, se trouvait la communauté Emerald Earth dont j'ai pu faire la connaissance de quelques membres. Je suis ravie d'avoir découvert ce petit joyau de la vie alternative. Dans ce petit coin de nature vivent en communauté une vingtaine d'adultes et d'enfants de tous âges, chacun travaillant à sa mesure. Leur façon de vivre est basique et écolo, basée sur le partage et la nature. Ils sont très occupés par des tas de projets. Ils organisent par exemple des ateliers sur la construction d'habitats écolos. Ils sont un peu hippies, beaucoup d'entre eux sont également issus de l'université de Berkeley. N'hésitez pas à visiter leur site web, c'est intéressant.

- Enfin, Tom m'a proposé un après-midi de descendre à Boonville, la petite ville la plus proche, et j'en ai été ravie. C'est une ville tout à fait intéressante, un petit San Francisco en miniature. C'est un endroit "à part" où les gens "à part" se rassemblent. Beaucoup d'écolos et d'artistes. C'est une ville socialiste et hippie. Ces rigolos ont même créé leur propre language qui s'appelle le Boontling. Crazeek !
En définitive, ce n'était pas si mal. Sans rancune, Tom ! ;-)
